Évolution agricole des Pygmées Baka dans la commune de Moloundou.

Évolution agricole des Pygmées Baka dans la commune de Moloundou.

ASSOCIATION  POUR LA PROMOTION DE L’EDUCATION DE L’ENVIRONNEMENT ET LA PROTECTION DES DROITS DES BAKA De l’Est CAMEROUN.

« Ngombi TE Ndum NA Baka » Tél. : (237) 96 92 50 97 ou 96 33 26 81.

Évolution agricole des Pygmées Baka dans la commune de Moloundou.

Par Michel NDOEDJE, Journaliste Francophone et Sociologue

 

Devenant  synonyme d'anthropologie sociale, l'ethnologie ne s'est pas seulement  débarrassée de la référence au sujet mais aussi,  plus silencieusement, des utilisations de  l'événement. Ce qui a facilité le partage des tâches avec la nouvelle Histoire sur ce point précis : on semble avoir admis  en anthropologie  le rejet du sujet et en histoire la désocialisation de l'événement, chacune intégrant ensuite pour son  compte la critique élaborée par l'autre. Mais, hors de la vogue d'une panacée «  structuraliste »  dont Claude Lévi-Strauss  a heureusement  tenu à démarquer sa discipline en même temps que son œuvre, la solidarité  entre ces  deux exclusions apparemment  symétriques  était-elle  fondée ?

 

Le maintien d'une phase particulière  de l'analyse  «  ethnologique »,  au- delà de la description locale et en deçà d'une recherche des universaux, aurait dû dépendre d'une discussion des bénéfices que la « sociologie comparative » est en droit d'attendre des études événementielles. La  discipline a préféré s'organiser  autour d'une bipolarité qui contourne ce champ d'analyse en confiant  à l'ethnographie  le  recueil d'inventaires de plus  en plus minutieux et  à l'anthropologie  la quête de réalités transculturelles. D'où  l'affaiblissement sensible de sa vocation  sociologique  au cours  des  dernières  décennies,  comme  si  sa dimension  comparative  ne  servait  désormais  qu'à pénétrer  une  grammaire psychologique des représentations «  culturelles ».

 

Or,  il  arrive  que  l'événement  lui-même  se  multiplie  ou  se  répète  et donne  ainsi  prise  à  la  comparaison :  la  série  ordonnée  des  remous  du social qui s'ensuivent indique alors mieux que jamais les ressorts de la solidarité entre le matériel et le conceptuel. L'adoption par de nombreux Baka Pygmées de la région du Sud-est Cameroun d'un mode de vie  incorporant l'agriculture  constitue à cet  égard un  cas d'école, comme si  un mystérieux protocole  expérimental  avait  anticipé  l'observation :  au début de l’année 1980,  dans  la zone  forestière  traversée  par la frontière  entre  le Cameroun et la République du Congo, un groupe de  chasseur-colleteur BAKA dans la Commune de Moloundou, «attaché»  politiquement et économiquement aux agriculteurs Bangando et Bakwélés,  décidèrent,  sans  se  consulter  mutuellement,  de  défricher  des plantations, tandis que dans la Région de l’Est un d’autres groupes, s'engageaient dans une  entreprise  similaire. La grande majorité des Pygmées Baka ont intégré  une production agricole régulière dans leur mode de vie.

 

Certes,  la  conversion  de  ce  groupe  à l'agriculture  n'est plus  depuis longtemps un phénomène surprenant. Et,  s'agissant de populations  ayant conservé  à  nos  jours  une  forte  charge  symbolique  de  sociétés  primitives ,  il  est a priori  difficile  de s'enthousiasmer pour ce genre de  transition,  qui  paraît  relever  fatalement  d'une  plate  acculturation ,  c'est-à-dire  d'un  incarnation  culturel  engendré  par  des  contraintes  externes, subi plutôt que voulu. La pertinence de cette notion est certes  contestée et elle  a assurément  le défaut de détourner  les  attentions de la diversité considérable des réactions à une coercition donnée. Quoi qu'il en soit, le cas des Pygmées Baka de Ndongo-Moloundou échappe au moins provisoirement  à ce type de problème, en raison d'un facteur  essentiel : le  changement fut  décidé en  dépit des  autorités  extérieures  et  avec  l'ambition de  reconquérir une autonomie  sociale  et  culturelle.  Une  bonne part  des  parcelles mises  en culture étaient  ainsi situées à plus d'une journée de marche, voire à deux ou trois  jours,  du village  le  plus proche où vivent  les  hommes auxquels les  chasseurs  sont censés  appartenir (Bangando, Bakwélés et Allogènes commerçants) :  les plantations ont  été créées,  non pour copier et rejoindre  les   maîtres, vivant au bord des rivières et de la route centrale reliant Moloundou à Yokadouma ou le Carrefour Nguilili à la société Alpicam de Kika, mais au  contraire pour s'en  éloigner.  En outre,  tant  par  ses  caractères  strictement  techniques que par les  stratégies  coopératives mises  en  œuvre,  on verra que cette agriculture forestière a engendré un redéploiement  surprenant  des  tendances culturelles,  avec parfois des choix tout à fait originaux.

 

Pygmées Baka et Bantous : Pour quelle société ?

 

Si l'événement ne construit pas  l'histoire,  il en résulte  et la concrétise. Parfois  aussi,  il signale le  brusque basculement dans  une nouvelle structure. Pour comprendre les origines,  le  contexte et  les modalités des  agricultures Baka,  et  avant  d'en  envisager  le  déclencheur  commun,  il  est indispensable de  souligner quelques variables.

 

Les contrastes tiennent principalement à la nature des relations avec les villageois Bakwélés  et  Bangando  et  ils  trouvent  leur  source  au moment  où ceux-ci vinrent s'installer dans les villages pour fuir  la virulence insoutenable maquisards qui sévissaient  dans  les forêts de la région dans les années 1974-1976.  Les  lignages  Baka  ont  traversé  la  forêt  plus  ou moins  simultanément et en bon ordre,  guidés  par l’indispensable fleuve Ngoko vers  des  lieux de  séjour  acceptables, et  ils  parvinrent ainsi  sur  les rives  de ce fleuve et certains choisirent vivre au bord dudit fleuve avec les Bakwélés et d’autres choisissaient cohabités avec la tribu Bangando sur l’axe Moloundou-Yokadouma.

 

Les Baka qui habitent la zone Ndongo se situent à la fin de  la vague de  migrations  évoquée  plus  haut. Ayant remonté  le fleuve  en pirogues en compagnie de certains vieux Bakwélés,  certains  lignages décidèrent quelquefois  après  scission de  suivre  l'affluent  et  constituèrent  au  bout  de quelques étapes un chapelet de communautés politiquement solidaires sur la rive.  Un peu après que l'omniprésence de  la guerre  eut  soudé ces groupes par des  alliances  à différentes  échelles,  le colonialisme immobilisa  fermement  cet  ensemble  composite.

 

Histoire des plantations  Baka:

 

L'adoption de  l'agriculture par  les Baka a connu, voici quelques années,  un  premier  élan  qui  a  eu  plusieurs  répercussions  directes  sur la vague  de  défrichements  des  années  70.  Ce déclencheur  commun se  situe  approximativement  entre  1979  et  1980,  quand  de  nombreux Bangando et Bakwélés ont  créé  et entretenu des plantations  sur les  lieux des campements forestiers  où  presque toute  la population  se  disperse  traditionnellement  lors de  l'importante récolte des  chenilles  (vers juin-août), chaque sous-lignage ayant son emplacement attitré. Les baka  sont  évasifs  quant  aux  motifs  de  ces  lointains essarts,  évoquant les longs  séjours  de  leurs  aînés  sur  ces  camps de chasse et le désir de s'épargner des transports  exténuants et  répétés de nourriture végétale.  D'autant plus  qu'ils  étaient  souvent  à trois  ou  quatre  jours  de marche,  avant que les  vicissitudes de la  culture du cacao  ne  les ramènent à des distances moindres.  Ces  explications  ne  sont pas  dénuées  de fondement, puisque de petites plantations ont persisté  ici et là dans les années  suivantes.  Mais  la  principale  raison  tient  manifestement  aux exactions  du colonialisme,  à  commencer par  le  travail  forcé  pour la  collecte  du  caoutchouc :  la  fuite  au  cœur  de  la  forêt,  hors  d'atteinte  des Européens, fut  souvent le seul moyen d'échapper à ce funeste  impératif. Durant ces  phases  de  crise,  agriculteurs  et  Pygmées Baka vécurent  à  proximité  les  uns des  autres, avec des relations plus  intimes  qu'à l'accoutumée, et c'est dans ce contexte que certains Baka cultivèrent de petites parcelles  à côté des plantations  qu'ils  avaient défrichées pour  leurs maîtres.  Ceux-ci les y encouragèrent, ne serait-ce que pour s'assurer une présence  régulière  des Baka.  En  outre,  ce  biais permettait  de  demander aux

Pygmées  de  protéger  la  production  contre  les  rapines.  Ces  expériences, néanmoins,  eurent surtout  lieu  chez les Bakwélés.

 

Après  que le  besoin de  refuges  eut  disparu,  la  pratique  diminua progressivement  mais persista sous une forme atténuée chez quelques pygmées de la région du Sud-Cameroun jusqu'à ce que la vieillesse ne les contraignît à y renoncer et que la priorité accordée  à la vente du cacao n'en écartât  les jeunes. Chez les Baka de Moloundou,  l'histoire est plus  confuse  et l'on peut seulement  affirmer qu'une partie d'entre  eux persévéra un peu au-delà de quelques années. L'éventualité d'une production,  même très résiduelle,  se perpétuant jusqu'au nouvel essor des années 1995 est  très  improbable. Aujourd’hui, il  demeura  une  trace  durable  de ces pratiques culturales,  à  savoir  un  nombre non  négligeable  de  bananiers plantains, tiges de cacao et palmiers:  les plantes de  clairière  a vite  profité de la présence humaine et  des défrichements pour proliférer.  Cet arbre  tient une place indispensable dans  l'écologie des agriculteurs,  et  la mémoire  orale des  Bangando  signale  ainsi  que,  durant  leur migration vers  Molando devenu Moloundou sous appellation coloniale , les Pygmées Baka devaient  avant tout conduire leurs maîtres aux sites où poussaient des  palmiers et des Baobabs :  les  vestiges  d'une  présence  humaine  attirèrent  alors  une nouvelle  activité. 

 

Quant  aux  chasseurs-cueilleurs,  ils  considèrent  également  les palmiers  comme le plus  indispensable des biens détenus par  le clan  :  sans  l'huile de  palme,  expliquent les  Baka,  on  finit  par  «  perdre l'appétit  »  (Guille-Escuret 1990). Aussi, quand certains d'entre eux recommencèrent  les  cultures  à  Bantou, ils  entamèrent volontiers  leurs  défrichements  au voisinage  de  ces  palmeraies  :  elles  constituèrent  sans  doute cette  sorte de stimulant latent qui agit en  situation propice.

 

Notons encore qu'il n'y a pas eu d'interruption  entre la fin  des plantations  Bantou  et le  nouveau départ  agricole des Baka, puisque le mouvement  a  été  amorcé  par  l'un  d'eux  à  côté  d'un  des  derniers  champs entretenus  par  un  villageois  (auquel le  Pygmée  n'était pas  spécialement lié), un peu avant qu'il soit délaissé. Mais l'expérience  a apparemment été exemplaire quand  la plantation  Baka a persisté seule,  ce qui tend à indiquer que  le  seuil  significatif à  franchir  résidait moins  dans  le  procès de  production  en  lui-même que dans l'indépendance de l'action. En outre,  une famille Baka (au moins)  ne renonça  jamais  à  l’horticulture  :  quittant  les Bantou  à  une  date  indéterminée,  après  avoir  rompu quelques  années plus tôt leur cohabitation en pleine forêt,  le  chasseur qui  la menait  alla s'établir  dans une zone de la forêt,  soit  à quelques    kilomètres  des bantou, et il continua à produire des végétaux à distance de ses maîtres  et  fit  école localement. Or,  l'un des principaux promoteurs de  la révolution  agricole  sur  le territoire  dans la région habité par celui-ci, de multiples raisons,  sera notre point de  repère dans les  paragraphes suivants: Ce n’est pas une    coïncidence, je me suis engagé sur les traces d’une récente histoire des Baka et à effectuer un voyage néolithique.  Un peuple que je connais bien, parce que je suis né au milieu d’eux dans la Commune de Moloundou et élever par une Baka, elle a su me donné son amour. Mais, la  conversion  à  l'agriculture des Baka fut stimulée  par  un  motif pressant :  la menace  imminente  de  la vieillesse, le manque d’engagement de la nouvelle génération Baka à la création des champs, qui préfère se mettre au service des Bantou.

 

Ainsi, pendant mon séjour auprès de ce peuple, j’interrogeais mon ami et frère Baka LINDESS sur la question de l’agriculture ? Il répondit : « les Baka ne pratiquaient pas la petite et la grande agriculture avant, pour se nourrir le pygmée cherchait des ignames sauvages et les fruits, mais, pour voir disparaître les ignames, nos ancêtres et nos parents replantaient les racines de ces ignames.

Quelques années plus tard, la forêt fut envahie par les hommes blancs et avec des machines pour couper et abattre nos arbres et c’est ainsi que nos tanières ont commencé à être envahi par d’autres peuple. Mais, avant ces choses nos parents partageaient avec le peuple voisin ; Bangando et Bakwele, il venait nous donné le vin, le sel et bien d’autres et en retour les parents les donnait de la viande, des années après, nos mamans et nos papa son sortir pour voir les gens du village et après ils ont appris à travailler la terre, les champs. Des années plus tard nous sommes sortir pour habiter à côté de ces gens qu’on considérait des frères, mais, ils nous ont pris comme des esclaves, pour travailler pour eux, ils nous donnent toujours le sel, le vin du pays, les habits sans oublier les bastonnades  qu’ils nous affligent dans les plantations. Au vu de tous ces souffrances certains de nos parents ont décidés de mettre sur pied des plantations de subsistances (maïs, manioc, bananes et plantains) et des plantes rentes (cacao). Il faut reconnaitre que la majorité de mes frères et sœurs préfèrent encore vivre à l’initiale de notre nature agricole et au service des bantou pour le minable somme de 250F CFA à 500F CFA la journée.

 

Au vu de la minorité, l'agriculture  Baka  s'est donc  développée  à  partir de  trois  changements  constituant  deux  foyers d'expansion :  résurgence  aux Bangando et aux Bakweles,  persévérance  d'une  famille  à  travers  ses  migrations  et  brusque  conversion  de  chasseurs  déclinants. L'expérience  ne  tarde  pas à  faire  des  émules dans  l'entourage parental ou local :  une  fois  la  pratique  adoptée  par  une  famille,  la propagation  est généralement rapide parmi les groupes évoluant sur une même piste  forestière,  la diffusion d'une piste à l'autre représentant un obstacle nettement plus sérieux. Ainsi,  à Mbatika,  aux environs de 1977, plusieurs familles  Baka ont déjà suivi  l'exemple de certains Bantou frères premiers à faire l’expérience,  leurs fils et petits-fils sont devenus planteurs et des  Pygmées Baka d'un territoire adjacent ont rejoint le mouvement :  c'est  symptomatiquement le  groupe des  trois  qui fut touché d'emblée par la mutation des Bantou et  qui l'a perpétuée ensuite  sous la forme la plus  affirmée et  accomplie.

 

L’absolutisme des maîtres Bantou et le désir de liberté de leurs serviteurs n’exaltèrent mutuellement jusqu’au conflit ouvert que lorsque la défiance habituelle des premiers laissa transparaître, à travers une agressivité accrue, la crainte de voir les seconds s'émanciper. Ajoutons que le nombre moyen de Pygmées Baka attachés à  un villageois  est  beaucoup plus faible  à  Ndongo  qu'à Mbatika. Pourtant, si  cette  variable  a  eu  une  influence,  celle-ci  est secondaire  et consiste seulement à verrouiller un état de crise. Partout ailleurs, deux attitudes ont prévalu. L'une a paru dominer dans les  « villages  complaisants »  de  Ndongo  et  dans  des  hameaux  de  Mbatika  situés  sur l’axe  principale Moloundou-Yokadouma. Volontiers  soutenue par  les plus âgés,  il  s'inspire des  liens traditionnels  et va de l'indifférence à l'approbation  : ainsi, les  Baka  reviendront  toujours  chez  leurs  maîtres  pour chercher des  vivres, du tabac, de l’alcool, du sel,  ou des cigarettes.  De plus,  il est assez agréable de pouvoir  se  procurer des  aliments  végétaux chez eux  lors  des voyages en forêt.  Selon ce point de vue, le  péril résiderait plutôt dans une altération  des  rapports  maîtres/serviteurs  en  relation  patron/salariés.

 

Contradictions et variations

 

De même que la structure  ou le système,  l'événement se conçoit à  différentes  échelles.  L’Ethnologie  ne  saurait  revendiquer  une  compétence exclusive pour analyser globalement l'émergence plurielle de l'agriculture Baka, et la récapitulation historique qui précède n'implique  pas un point de vue  disciplinaire  spécial.  Il  en  ira  autrement  si  l'observation  s'attache  à comparer des événements internes parmi  cette multitude de changements homologues, en  essayant,  chaque fois que faire se pourra, de les  confronter  aux principales  conjonctures que nous avons discernées.  Le contraste est en effet  saisissant entre l'apparente unité des Pygmées devant l'option première du changement et la disparité des choix consécutifs.

 

Partout où les pygmées Baka ont  entretenu  leurs parcelles  avec un minimum de régularité,  les produits furent rapidement  superbes :  résultat prévisible sur des  sols  qui,  de  mémoire  d'homme, n'avaient  jamais  été  exploités.  Les bananiers, notamment, ont  inspiré aux Baka une admiration teintée de jalousie.  La prépondérance  de  la  chasse  a  néanmoins  conduit  quelques expériences  à  l'échec.  Parfois  aussi, des plantations furent  délaissées,  alors même que l'essentiel du travail avait été accompli. Près des «  villages conciliants ou bantou  »,  les  Pygmées  ont  expérimenté  l'agriculture  quelques  années mais déclaraient au moment de l'enquête y  avoir renoncé définitivement, malgré les  encouragements  de  leurs  maîtres.  À  Moloundou,  beaucoup  de familles  se  sont signalées par leur inconstance,  abandonnant la culture  un temps pour la reprendre l'année suivante sans se sentir durablement engagées. À  l'inverse,  les  pygmées  entreprenants  ont  quelquefois  deux  parcelles, l'une à proximité des maîtres,  l'autre très  loin en forêt :  c'est le cas  dans les villages Banana, Makoka, Mbatika et Ndongo de Moloundou.

 

Afin  d'éviter une concurrence  trop  aiguë entre leur propre production  et l'assistance qu'ils doivent  apporter  aux villageois,  leur  calendrier agricole est  décalé :  les étapes du procès  de production qu'ils mettent en œuvre pour leur  propre compte précèdent d'environ deux mois les  phases correspondantes chez  les bangando et  les bakweles. Quant à la taille des parcelles cultivables Baka,  elle  va 50m², 100m² à 15m²  avec des  écarts considérables à la fois dans le  temps (pour un même individu)  et dans l'espace  (d'un camp à l'autre) sans que, pour le moment, des tendances significatives se dégagent.

Avant de  recourir  à  des  emprunts  intra ethniques,  les  Baka ont  bien entendu  débuté  en  récupérant  les  végétaux  utilisés  par  leurs  maîtres (tubercules divers,  bananiers, maïs,  fèves de cacao et ananas)  et  les plantations sont assez souvent similaires à celles du village, quant à l'éventail des variétés  mises  en valeur. Avec  le  temps, la  curiosité des Pygmées  s'est étendue à des cultigènes recueillis au loin et qui n'étaient pas (ou plus) utilisés localement.  Cependant,  des  expériences  ont été  faites  peu  à peu  dans  des directions  différentes. A Ndongo,  des Baka  ont renoncé à cultiver certaines genre,  ce  choix  soulignant  probablement  le  maintien  des  productions comme  ressource d'appoint ou de subsistance. Non  loin de  là,  se  présente  un schéma diamétralement  opposé, avec  le  franchissement d'un  seuil hautement  symbolique  :  des  ignames  sauvages  ont  été  mis  en  culture.  Bien  que  cette éventualité  n'ait  pas  échappé  à  l'ensemble  des  Pygmées Baka agriculteurs,  la plupart  d'entre  eux  l'avaient  a  priori  rejetée,  en  invoquant notamment une incompatibilité «  naturelle »  supposée :  les lianes de ces espèces pousseraient  de  façon  trop  désordonnée pour  ne pas  nuire  à  l'entour.  Cette explication vient de personnes qui ne parlent pas d'expérience, mais qui ont  prévu l'échec fatal  d'une  tentative  en  ce  sens :  le  discours  trahit donc un désir de maintenir, par-delà l'importation des  techniques horticoles  sur les territoires de chasse, la disjonction traditionnelle entre l'environnement  sauvage et  l'espace cultivé.  De ce point de vue,  les plantations sont manifestement perçues  comme  des enclaves qu'il faut  garder  culturellement  à  une  certaine  distance.  Elles  demeurent d'une  certaine  façon une pratique étrangère. L'exception citée n'en montre pas moins que cette imperméabilité a pu être  rapidement contestée,  ce facteur de divergence culturelle  étant évidemment primordial. L'ambiance  singulière  des peuples cette circonscription administrative  a  également  suscité  l'innovation  :  les  Baka  ont planté  des  bananiers et des palmiers à proximité  des  habitations  et  ont  veillé  à  ce  que  les  enfants  distribuent généreusement  les noix et les rejetons sur  les terres défrichées. L'objectif  ainsi poursuivi en toute  lucidité —  une  palmeraie  suffisante  pour  les  besoins  en  huile et en plantain  du clan —  témoigne de l'émergence de projets à long terme,  plutôt ante au regard de  l'image habituelle des chasseurs-cueilleurs. D'autant que l'intention s'est étendue à d'autres arbres: chez Baka de Nguilili carrefour, on n’y trouve en pleine forêt des mandariniers, des  orangers, ou des manguiers.

 

Travail et Coopération :

 

Quand  l'innovation  technique  s'est  concentrée  dans  un  secteur  restreint, résolu  à poursuivre le  changement, les modalités sociales concernant l'organisation  de  la nouvelle  économie signalent  au contraire une  extension maximale de l'initiative  :  ici,  le souci de rendre la transformation compatible  avec une priorité culturelle de la chasse doit être lui aussi inventif. Le fait  saillant  émerge  dans la  division sexuelle du travail  dont  plus  d'une demi-dizaine de formes se sont imposées en l'espace des années. Le tableau suivant en résume les grandes tendances  à  titre  indicatif,  la dissémination  des  possibilités  s' accentuant encore dans  une  observation  plus détaillée  :  ainsi  les  hommes  prêtent-ils  par endroits  leur  concours  pour semer le maïs,  alors  qu'ils  n'interviennent pas pour les  autres  plantes.  Et la constitution des greniers peut revenir ici aux femmes et là aux hommes.

 

Division sexuelle  du  travail  agricole dans deux villages  de la commune de Moloundou

villages

Ndongo

Mbatika

Abattre

Hommes

Hommes

Brûler

Femmes & Hommes

Femmes & Hommes

Planter

Hommes & Femmes

Femmes & Hommes

Entretenir

Femmes & Hommes

Femmes & Hommes

Récolter

Femmes

Femmes

Défricher

Hommes & Femmes

Hommes & Femmes

 

 Michel Ndoedje, Administrateur du Groupe.

 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×