Les pygmées Baka face à l’Exclusion sociale de tous genres:

La politique de scolarisation engagée par le Gouvernement Camerounais depuis plus de 25 ans à l’égard des Pygmées Baka  ne semble pas avoir eu le succès escompté, loin s’en faut. Les taux d’ignorance et d’analphabétisme sont de loin supérieurs à la moyenne nationale, et les 40.000 Pygmées Baka, Bokola et Bagyeli sont toujours considérés comme des sous-hommes par l’écrasante majorité des 20 millions de Camerounais.

En matière de sexualité :

Dans l’habitude populaire Bantou (Yokadouma-Moloundou), il est souvent proscrit les relations sexuelles avec les Pygmées Baka. Il arrive cependant de rencontrer des couples mixtes, composés d’un homme bantou et d’une femme pygmée. Désignées modestement sous le terme de « Mokokopè, locataire » d’ailleurs, dans la plus part des cas, c’est l’homme qui quitte sa famille pour y vivre avec la femme pygmée.

L’inverse est en revanche strictement prohibé : une femme Bantoue ne s’unit jamais avec un Pygmée. De mémoire de Bantou, cela ne s'est jamais produit. La pénitence est bien accablante de la part des siens. Considérée comme une souillure, elle serait au choix, soit bannie de la communauté Bantou, soit épousée ce dernier  et, en conséquence selon certaines traditions locales (Moloundou), chassée de la communauté.

Plus expéditif, le viol. « Sept jours ne se passe sans qu’une fille pygmée ne soit violée par des individus Bantous. Ces viols fréquents se déroulent dans les plantations, au village et même dans les cases de ces Pygmées, parfois au regard des hommes Baka ». Le viol à mon avis est une arme fatale que les bantous utilisent pour affaiblir les Baka. Par exemple : en RDC (ex Zaïre), où le viol et la machette sont les armes favorites d'une guerre interminable, plus de 29 000 viols déclarés ont été recensés par la MONUC rien que pour 2007.

Au Rwanda : c’est un autre genre, autres mœurs. Coucher avec une fille pygmée peut soigner les hommes qui ont mal au dos, selon une croyance populaire bien ancrée. Enfin, dans les villages crées dans les forêts par les chantiers de coupes sauvages, la prostitution reste, avec l’alcool, l’universel et unique réconfort du brave travailleur fatigué et isolé. Ça tombe bien : les filles pygmées, en plus de la curiosité toute physique qu’elles suscitent auprès des hommes bantous, sont bien moins chères… et n’ont jamais entendu parler de capote ! .Un fait divers comique à KIKA village d’exploitation forestière d’Alpicam à Moloundou,  nous apprend ainsi qu'elles sont de plus en plus prisées en raison de leur qualité de véritables femmes. De toute façon, selon une croyance répandue dans plusieurs régions d’Afrique centrale, se faire un terre-à-terre avec une Pygmée peut même soigner du Sida….. C’est ainsi que cette maladie commence, elle aussi, à faire des ravages chez eux.

« Dans les postes de police, le Pygmée se trouve comme un blatte au tribunal du coq »
(maxime Pygmée) par exemple : Pour une dette de 500 Frs Cfa, un Pygmée est battu, torturé et enfermé au cachot du poste de police. Battu, déshabillé, attaché, traîné comme du gibier  puis balancé comme un sac de fèves de cacao au fond d’une voiture, Lindesse, Pygmée de Mbateka-village dans l’Arrondissement de Moloundou n’est pas près d’oublier le «traitement spécial Pygmée » que lui ont infligé deux gardes-chasse qui l’accusaient de braconnage : il est désormais éborgné, faute de soins appropriés. Etc…. Un officier de police de Bertoua nous justifiait récemment dans ses propos : « Un Pygmée est voleur et menteur, il a ça dans le sang » formidable…

La situation est en gros semblable partout : les cas d’intimidation et de harcèlement, d’arrestations arbitraires et de tortures dont ils sont victimes de la part des bantous ,en général, et des agents des eaux et forêts, en particulier sont légions dans tous les pays d’Afrique centrale.

La volonté de protéger la biodiversité menace les Peuples autochtones.

Les Pygmées privés de la forêt dans la région de l’Est-Cameroun.

A l’origine de cette dégradation rapide du statut des pygmées, il y a les politiques dites de «développement» mises en œuvre depuis 1960 par le Gouvernement ou par la plupart des ONG, estime Séverin Cécile Abega. «Elles sont fondées sur trois choses : la sédentarisation, l'agriculture, l'école. Or, devenir agriculteurs, ça veut dire manger des animaux domestiques, couper les arbres, ce qui est contraire à ce qu'ils croient, à ce qui les anime», explique-t-il : Inciter les pygmées à devenir agriculteurs les place aussi en situation de concurrence, notamment pour l'accès à la terre, avec les populations bantoues qui habitent en lisière des forêts, et avec qui ils échangeaient auparavant les fruits de leur chasse contre des produits vivriers. Résultat : des conflits parfois violents.

Dans la région forestière de l'Est où ils vivent, les Baka sont aussi menacés par l'exploitation industrielle du bois qui détruit l'environnement sur lequel s'est bâti leur système social et culturel. Ils perdent leurs repères, certains sombrent dans l'alcool, la drogue ou la prostitution. La protection de certaines zones forestières, afin d'en préserver la biodiversité, leur a, paradoxalement, ajouté un problème : cette mesure leur retire bien souvent le droit d'utiliser les ressources de la forêt. Au lieu de les brimer et de les priver de leurs droits fondamentaux, on ferait mieux de les associer à la gestion de ces aires protégées : leur connaissance exceptionnelle de la forêt est la clé pour réussir à conserver la biodiversité des forêts de l’Est Cameroun.  Ici à l'est du pays, c'est la pratique de la chasse dite «sportive» qui prive aussi les pygmées de l'accès à certaines zones forestières. S'ils osent s'y aventurer, les représailles des guides de chasse sont particulièrement violentes.

Certaines veulent que les pygmées Baka abandonnent les valeurs auxquelles ils tiennent. Au lieu de les ressemblés. Accumuler, avoir de grandes maisons, de beaux habits, ne les intéresse pas. Le mépris qu'éprouvent les agriculteurs à leur égard est réciproque.

 

Michel Ndoedje

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×